Face au manque de soignants, la réponse la plus fréquente dans les établissements est devenue la réorganisation… et le passage en 12 heures.
Moins de jours travaillés, moins de trajets, plus de jours de repos d’affilée, une meilleure continuité des soins grâce à une seule relève par 24 heures : ces arguments séduisent une partie des équipes. Dans certains services, la demande vient même des agents eux-mêmes.
À la CGT, en tant qu’élus représentants du personnel, nous accompagnons les passages en 12 heures lorsque la demande est exprimée et votée à la majorité par les agents concernés. C’est notre rôle : respecter le choix collectif des équipes et nous assurer que le projet se fasse dans les meilleures conditions possibles (respect des temps de repos, pauses effectives, dimensionnement des effectifs, suivi de la charge de travail).
Mais soyons clairs : fondamentalement, nous restons opposés aux 12 heures comme solution structurelle.
Pourquoi ?
Parce que les 12 heures ne créent pas de soignants. Elles densifient le travail de ceux qui restent.
Les études et le terrain le montrent : après la 8e ou 9e heure, la vigilance baisse, le risque d’erreurs augmente, la fatigue s’accumule. Les soignants de nuit sont particulièrement exposés. À plus long terme, on observe davantage de troubles musculo-squelettiques, de problèmes de récupération, de burnout et d’intention de quitter le métier.
Les 12 heures permettent de « tenir » avec moins d’effectifs. Elles ne règlent ni le sous-effectif, ni le sous-financement, ni la perte d’attractivité de l’hôpital public. Elles agissent comme un pansement sur une hémorragie.
La réorganisation pure (fermeture de lits, mutualisation, procédures adaptées) suit la même logique : elle gère la pénurie au lieu de la résoudre. Elle envoie un signal clair aux étudiants et aux professionnels : ici, on travaille en mode dégradé permanent.
Or, c’est précisément ce mode dégradé qui contribue selon nous, en partie, au désamour des jeunes diplômés pour notre établissement. Continuer à s’appuyer principalement sur ces leviers, c’est accélérer l’usure des équipes et repousser le moment où il faudra traiter les causes réelles : effectifs, salaires, conditions de travail, modèle de financement.
Nous continuerons donc à accompagner les services qui votent majoritairement pour les 12 heures, car c’est notre mandat.
Mais nous continuerons aussi à dire que ce n’est pas une solution durable.
La vraie réponse passe par des soignants en nombre suffisant, des conditions de travail soutenables et un financement qui ne fasse plus du personnel la variable d’ajustement.



